Accords internationaux sur le climat : avancées majeures ou simples promesses ?

La température moyenne globale a augmenté de plus de 1,1°C depuis l'ère préindustrielle, entraînant une multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes. Le dernier rapport du GIEC souligne l'urgence d'une action climatique drastique. Face à cette réalité, les accords internationaux sur le climat, matérialisés par les Conférences des Parties (COP), se succèdent, suscitant interrogations et débats quant à leur efficacité réelle.

Les accords internationaux sur le climat : un historique critique

Le chemin vers un consensus international sur la lutte contre le changement climatique a été long et semé d'embûches. Si la prise de conscience globale s'est accrue, le passage de la parole aux actes reste un défi de taille.

Les prémices (avant kyoto)

Dès les années 1970, la communauté internationale a commencé à prendre conscience des risques environnementaux. La Conférence de Stockholm de 1972 a posé les jalons d'une coopération internationale en matière d'environnement, mais les instruments juridiques restaient faibles et les engagements non contraignants. L'absence d'objectifs chiffrés et de mécanismes de sanction a limité l'impact de ces premières initiatives.

Le protocole de kyoto (1997) : un premier pas timide

Adopté en 1997, le Protocole de Kyoto a marqué une étape décisive. Il a introduit le principe de responsabilités communes mais différenciées, reconnaissant le rôle historique des pays développés dans les émissions de gaz à effet de serre. Il a instauré des mécanismes de marché carbone et des mécanismes de développement propre (MDP) pour encourager la réduction des émissions. Cependant, l'absence des États-Unis, et les objectifs de réduction jugés insuffisants, ont freiné son efficacité. L'impact réel du protocole sur les émissions mondiales est débattu, avec une croissance des émissions continuée malgré ses efforts.

L'accord de paris (2015) : un cadre universel, mais des défis majeurs

L'Accord de Paris, adopté lors de la COP21, constitue un tournant majeur. Pour la première fois, un accord universel et juridiquement contraignant engage l'ensemble des pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. L'objectif est de limiter le réchauffement climatique bien en deçà de 2°C par rapport à l'ère préindustrielle, et de poursuivre les efforts pour le limiter à 1,5°C. Chaque État soumet des Contributions Déterminées au niveau National (CDN), qui précisent ses engagements en matière de réduction d'émissions. Malgré son ambition, l'Accord de Paris présente des faiblesses. Le caractère non contraignant des CDN, l'absence de sanctions en cas de non-respect des engagements et le manque d'ambition de certains pays constituent des obstacles majeurs. Environ 195 pays ont signé l'accord.

  • Objectif 1.5°C : un défi immense nécessitant une réduction rapide et importante des émissions.
  • Financement climatique : l'engagement des pays développés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 pour soutenir les pays en développement reste largement insuffisant.
  • Adaptation : l'adaptation aux impacts du changement climatique est cruciale, mais les financements dédiés restent faibles par rapport aux besoins.

Les COP post-paris : avancées et reculs

Depuis la COP21, de nombreuses COP ont eu lieu, avec des résultats mitigés. La COP26 de Glasgow a vu des engagements supplémentaires de réduction des émissions, mais ces engagements sont souvent insuffisants pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. La COP27 de Charm el-Cheikh a mis l'accent sur les pertes et dommages, reconnaissant la nécessité de soutenir les pays vulnérables confrontés aux impacts irréversibles du changement climatique. La création d'un fonds dédié est une avancée notable, mais son financement reste à définir. Les négociations restent tendues sur le financement climat, l'ambition des CDN et la mise en œuvre des mécanismes de coopération internationale. En 2022, les émissions de CO2 ont atteint un niveau record de 36,6 milliards de tonnes.

Au-delà des accords : les autres leviers de l'action climatique

Les accords internationaux constituent un cadre essentiel, mais l'efficacité de la lutte contre le changement climatique repose également sur d'autres leviers d'action importants.

Le rôle des acteurs non-étatiques

Les entreprises, les collectivités territoriales et la société civile jouent un rôle de plus en plus important. De nombreuses entreprises s'engagent dans des initiatives de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et investissent massivement dans les énergies renouvelables. Les villes et régions mettent en œuvre des politiques locales ambitieuses. La mobilisation citoyenne et les pressions de la société civile contribuent à accélérer la transition.

L'innovation technologique : un moteur de la transition

Les progrès technologiques dans les énergies renouvelables (solaire, éolien, géothermie), le stockage d'énergie, et la capture et le stockage du carbone (CSC) sont essentiels. Leur déploiement nécessite des investissements massifs, mais leur potentiel pour réduire les émissions est immense. Des avancées significatives sont observées dans le domaine des batteries, avec une augmentation de leur capacité de stockage et une réduction de leur coût.

  • Énergies renouvelables : le coût des énergies solaires et éoliennes a considérablement diminué, les rendant de plus en plus compétitives.
  • Stockage d'énergie : les batteries jouent un rôle crucial pour assurer la stabilité du réseau électrique avec l'intégration des énergies renouvelables intermittentes.
  • Capture et stockage du carbone : technologie encore coûteuse mais essentielle pour décarboner des secteurs difficiles à décarboner comme l'industrie lourde.

Le financement climatique : un enjeu déterminant

Le financement de la transition énergétique et de l'adaptation aux impacts du changement climatique est un enjeu crucial. Les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d'ici 2020, mais cet objectif est loin d'être atteint. Un financement massif est nécessaire pour soutenir les pays en développement dans leurs efforts de réduction des émissions et d'adaptation aux impacts du changement climatique. Les investissements dans l'innovation technologique sont également primordiaux. En 2023, les investissements dans les énergies renouvelables ont dépassé ceux des énergies fossiles pour la première fois.

Analyse critique : promesses et réalités

L'écart entre les objectifs fixés par les accords internationaux et la réalité des émissions de gaz à effet de serre est préoccupant. Plusieurs facteurs expliquent cette divergence.

L'écart entre engagements et actions : un déficit d'ambition ?

Les émissions de gaz à effet de serre continuent d'augmenter, malgré les engagements pris par les pays. Le manque d'ambition de certaines CDN, les difficultés de mise en œuvre des politiques climatiques, et les pressions des lobbies des énergies fossiles contribuent à cet écart. La transition vers une économie bas carbone exige des changements structurels rapides et profonds, nécessitant un engagement politique fort et une mobilisation de tous les acteurs.

Les enjeux géopolitiques : une négociation complexe

Les négociations climatiques sont influencées par les intérêts nationaux, les relations de pouvoir et les rivalités géopolitiques. Les divergences d'opinions sur la répartition des efforts et le financement de l'action climatique compliquent la recherche d'un consensus efficace. La coopération internationale est essentielle, mais elle est souvent mise à mal par les intérêts divergents des États.

La justice climatique : un enjeu moral et politique

La question de la responsabilité historique des pays développés dans le changement climatique est un élément central des discussions. L'équité dans la répartition des efforts et du financement de l'adaptation est essentielle pour garantir la coopération internationale et la justice climatique. Les pays les plus vulnérables, souvent les moins responsables du changement climatique, sont les plus exposés à ses conséquences dévastatrices. Il est nécessaire d'assurer un soutien financier et technique aux pays en développement pour qu'ils puissent s'adapter aux impacts du changement climatique et mener une transition énergétique juste.

La lutte contre le changement climatique exige une action collective ambitieuse et coordonnée, dépassant le cadre des accords internationaux. L'innovation technologique, le financement adéquat, la mobilisation des acteurs non-étatiques, et un engagement politique fort sont des conditions indispensables à la réussite de cette transition essentielle pour l'avenir de la planète.